C’est le 29 juin 1937, que je montre le bout de mon nez, dans une famille très unie, j’ai deux grandes sœurs , un papa et une maman.
Mes cinq premières années de vie ne me laissent pas de grands souvenirs, mais je me souviens très bien du bruit des bottes sur
les pavés de ma rue, dans un coron de charbonnage, entre la Sambre et les terrils.
La guerre est presque finie, quand papa est enfin de retour à la maison, blessé mais vivant.
Avec la libération, arrivent des jours de grandes liesses avec musique, chansons, rire et
joie. C’est à l’aube de mes huit ans, que je découvre la musique américaine, elle me plait énormément
et j’ai la joie d’aller avec ma grande sœur, écouter, regarder de grands orchestres américains qui se
produisent à Charleroi, au café des Brasseurs, au Monico, à l’Ancienne Belgique, je retiens surtout ces
endroits, car ma sœur me confiait à Madame Pipi , ou j’étais en sécurité, le jazz était à l’honneur et moi, j’étais émerveillée.
Le temps passe, mais l’envie de faire de la musique me tient aux tripes , je veux jouer de la trompette comme Harry Jeams,
comme Duke et combien d’autres, mais l’académie ne permet pas ce genre d’instruments aux filles, ce sera le piano ou le violon,
j’en ai fais mais à contre-cœur. Je n’étais pas trop mauvaise, et ces années m’ont quand même laissé la connaissance de la
partition et de l’écriture musicale, cela me sera bien utile plus tard.
Dans mes souvenirs d’enfant, j’en ai un autre que je n’oublierai jamais.
J’ai 10 ans, quant je suis allée voir la remontée de Prunelle, dernière jument qui travaillait dans le fond de la
mine du Boubier au charbonnage n°3 de Chamborniaux (Chatelet). Je suis accompagnée de mon papa, mineur de fond de son métier,
qui bien souvent me racontait son travail, la mine et les mineurs. Ca m’intéressait, j’étais curieuse de savoir. Je n’ai rien
oublié de ses récits, et je les ai fais revivre dans plusieurs de mes chansons.
Enfant, je suis une fille assez solitaire, j’aime surtout la vie avec les garçons, leurs jeux, leur parlé, leurs sports, je fais de la
natation et même de la boxe, chose que j’ai fait en cachette de mes parents, mais qui m’a bien servi dans ma vie de femme.
Mariée trop jeune, mon besoin d’indépendance me pousse à faire des conneries irréversibles, je suis enceinte à dix sept ans.
Je dois faire face à mon rôle de maman, car le père de mes enfants se fout prodigieusement de sa famille.
Divorce, échec, je fais des métiers d’homme pour gagner plus d’argent, rien ne me fait reculer, je dois subvenir à l’existence
de mes enfants.
Et puis, je rencontre mon second mari qui est boulanger et durant vingt deux ans, je suis l’ouvrier du pain , un travail de nuit.
De ce mariage est né un joli petit garçon, douze années le séparent des aînés, et ma vie de labeur s’écoule à la vitesse vvp.
Presque trente ans sont passés depuis l’académie, et un jour mon jeune fils demande à étudier l’accordéon, et là,
je redécouvre la musique, le prof de Joël me trouve douée , j’achète un des premiers synthé et me passionne
pour cet instrument génial. C’est à quarante six ans que je découvre que je sais chanter, composer et écrire.
À compter de cet instant, la musique ne me quitte plus , j’écris mes premières chansons en wallon, car l’écriture
française ne me dit rien .Je suis comblée.
Avec mon jeune fils, je m’attèle à la musique encore plus fort, j’écris encore et encore.
Je fais tous les concours et je les gagne. Je fais mes premières radios libres, tout est en ma faveur, j’ai beaucoup de chance.
Mais la vie décide encore de me marquer, mon mari décède d’un cancer.
Je rencontre un compagnon avec qui je passerai quelques années, il jouait de la batterie, nous nous entendions bien,
malheureusement sa santé déclina et il nous quitta en février 2004.
Je suis un peu connue, j’atteint les concours en TV, je fais des petites et des grandes salles, mais je suis loin de la célébrité.
En 2000, je regarde l’émission « « pour la gloire » » et je décide de poser ma candidature par Internet.
Après avoir franchi les étapes de sélection, je crée la chanson "Mémé loubard" la grand-mère que je suis,
devient la mémé en cuir, les cheveux bleus, les chaînes et tatouages, la moto en surplus, et voilà le personnage créé.
Cette chanson fait un succès, je suis même invitée sur France 2, mais j’ai l’impression que je stagne, et pourtant j’ai sorti
4 45tours, 4 cassettes, et 8 cd. Il me manque une vraie équipe derrière moi.
Les années 2004 et 2005 sont pour moi des années terribles, je suis assez délabrée physiquement et moralement,
mais je chante encore, et un jour de décembre 2005, le 14 exactement, arrive ce qu’on appelle une catastrophe,
en sortie de scène je fais un infarctus, et bien ce jour là pour moi est béni car enfin je rencontre les
musiciens dont je rêvais depuis longtemps, ils sont jeunes, dynamiques, créateurs et ils aiment ma musique, un nouvel
élan est donné et voilà mis sur pied mon tout nouveau spectacle « « ca va dallér » », un vrai bonheur.
Mon site personnel ‘claudinemahy.com’ est créé par l’un d’eux.
Nous rentrons en studio début juin, pour la sortie d’un nouvel album.
Le tout fait avec l’amitié, l’amour de la musique et une coordination formidable.
Merci à tous mes compagnons de musique, Fabien, Daniel, David et à Franco, à Nicole Dumont , mon grand chef,
à Christophe et Pierre à la sonorisation .
Je dois encore vous dire, qu’un de mes rêves était d’avoir une petite salle pour répéter, et bien ce rêve est devenu
une merveilleuse réalité, grâce à mes amis Alain et Guy.
«èl bwèsse à music » est née, la petite salle de répètes est devenue une salle de spectacles, à caractère très
chaleureux et au service de la musique.
Merci encore à vous tous.
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